Ali Lahlou : la matière, une histoire d’émotion

Nominé dans cinq catégories aux Moroccan Interior Design Awards 2025, Ali Lahlou s’inscrit parmi les designers qui marquent la scène intérieure marocaine par une écriture où se croisent minimalisme, matière et attention au sensible. Son travail explore les volumes, les textures et les contrastes comme autant de leviers pour générer une émotion juste. Dans cette interview, il revient sur ses intentions, sa démarche et ce que représente pour lui les MIDA.
MIDA // Vous êtes nommé dans plusieurs catégories cette année, ce qui témoigne de la diversité de votre pratique. Comment définiriez-vous votre signature et votre manière d’aborder l’architecture d’intérieur ?
Ali Lahlou : Je définis ma signature comme une recherche permanente d’équilibre entre l’architecture, la matière et l’émotion. Chaque projet est pensé comme une expérience globale, jamais comme un simple exercice formel. J’accorde une grande importance aux volumes, à la circulation et à la manière dont la lumière dialogue avec les matériaux. Mon approche est instinctive, mais toujours structurée par une rigueur architecturale et une exigence de cohérence entre le concept et l’usage.
MIDA // Dans ML Atelier, la matière semble vivante, presque expressive. Comment avez-vous abordé cette dimension sensorielle pour transformer un simple showroom en une véritable expérience émotionnelle ?
Ali Lahlou : Dans ce projet, tout repose sur un choix radical de simplicité et de brutalité assumée. Le concept s’articule autour d’une écriture brutaliste, monochromatique, dominée par la fibre de pierre, utilisée comme matière principale, presque sculptée. L’espace devait refléter pleinement cet ADN brut, sincère et sans artifice.
La matière devient alors un élément à part entière du projet, non pas comme une enveloppe esthétique, mais comme un véritable langage architectural et émotionnel. Le travail sur les pavés de béton juxtaposés permet de créer un rythme, un pattern brutaliste qui apporte une véritable dynamique à l’espace. Ce jeu de répétition, d’ombre et de relief donne une vibration particulière au lieu, le rendant à la fois minimal, puissant et profondément unique.
MIDA // Dans le projet de restaurant Table 3, le jeu entre le bois, le béton noir et le travertin crée une atmosphère presque sculpturale. Quelle émotion vouliez-vous susciter à travers cette composition minérale et ses contrastes de texture ?
Ali Lahlou : Avec la Table 3, je cherchais avant tout à susciter une émotion feutrée, intense et enveloppante. Le bois apporte une forme de chaleur et d’intimité, le béton noir instaure une profondeur presque mystérieuse, tandis que le travertin vient structurer l’ensemble avec une élégance minérale et intemporelle.
L’équilibre entre ces matériaux permet de créer une tension subtile entre force et douceur. L’idée était que l’on sente immédiatement que l’on entre dans un lieu d’exception, où l’architecture accompagne l’expérience culinaire sans jamais la dominer, mais en la rendant plus mémorable.
MIDA // Que représente pour vous cette reconnaissance des Moroccan Interior Design Awards ? Et selon vous, en quoi ce concours contribue-t-il à valoriser la profession et à encourager une nouvelle génération de créateurs ?
Ali Lahlou : Cette reconnaissance est avant tout une grande fierté, mais aussi une responsabilité. Elle vient saluer le travail de toute une équipe, des années de recherche, d’exigence et de passion. Être nommé dans plusieurs catégories est un vrai encouragement à continuer à pousser plus loin chaque projet.
Les Moroccan Interior Design Awards jouent un rôle essentiel dans la structuration et la mise en lumière de notre métier. Ils valorisent la scène créative marocaine, donnent une visibilité internationale aux talents locaux et offrent surtout un véritable moteur d’inspiration pour la nouvelle génération, en lui montrant que l’exigence, la rigueur et l’audace peuvent être reconnues.